Depuis ses premiers tableaux, Alicia Paz pratique une peinture de la peinture. Le tableau est envisagé comme territoire de fiction. C'est-à-dire un espace de feinte, d’artifice, d’histoire et de vraisemblance. Elle y combine toutes sortes de signes iconiques qui, véritablement, en sont les personnages. Ce sont eux qui, bien souvent, font le tableau. Car, s’il est bien certain que c’est de leur assemblage que se construit la toile, la présence récurrente, sur un bon nombre d’entre elles, de la figure d’un peintre en train de peindre nous renseigne sur les dimensions analytiques des signes convoqués.
C’est une expérience de la peinture qui se nourrit d’images en tous genres, qui les digère et qui se traduit par une mise en œuvre du processus créatif en une série d’arrêt sur tableau.
Alicia Paz dans ses tableaux récents a recours à des éléments de plus en plus disparates qui proviennent d’univers radicalement différents. Ces signes de signes iconiques sont traités comme des images d’images. Il ne s’agit pas, par exemple, de représenter la sorcière de Blanche Neige version Walt Disney, mais une image de la sorcière de Blanche Neige version Walt Disney. Pas plus qu’il n’est question de faire des taches, mais bien de représenter des images de taches.
Mais également ces figures sont des morceaux de peinture : chacune étant peinte de manière particulière. Plusieurs façons cohabitent à la surface. Toujours finement maîtrisées, à tel point qu’elles me semblent être elles aussi des images.
Bien qu’insérés dans un cadre narratif, un scénario probable, une mise en scène quasi théâtrale, les éléments assemblés conservent leur autonomie. Leur isolement. Leur altérité essentielle. Pire, ils l’affirment et le revendiquent. La somme de leurs étrangetés compose des images paradoxales et improbables. Avec néanmoins des soucis de vraisemblance. Mais toujours on a affaire à un décor, des personnages, des actions, une construction en plans successifs. Figuratifs sont ces éléments (et à plus d’un titre puisqu’ils représentent toujours quelque chose), mais avant tout sont des événements picturaux faisant toujours affleurer la question du tableau.